Les
patients venus de la dialyse péritonéale ont une meilleure reprise
de fonction rénale en transplantation que ceux venus de l'hémodialyse
R. Vanholder (Belgique)
Delayed graft function - Role of pre-transplant dialysis modality
Des données rassurantes pour la confiance que
l'on peut avoir dans la dialyse péritonéale prescrite chez les
patients éligibles pour une transplantation rénale.
Avant transplantation rénale, la plupart des patients ont été
traités par hémodialyse (HD) ou par dialyse péritonéale
(DP), mais un certain nombre d'entre eux sont directement transplantés
sans passer par la dialyse. La question se pose depuis de nombreuses années
de savoir si l'une ou l'autre des méthodes de dialyse peut avoir un effet
significatif sur le devenir de la transplantation rénale ; l'idée
reçue dans les années 60 était que la DP avait un effet
négatif. Plus récemment, la DP semblait reprendre l'avantage pour
le démarrage de la transplantation du fait d'une volémie plus
élevée chez ces patients, et de l'existence d'une fonction rénale
résiduelle. Les problèmes infectieux (péritonites ou infections
du cathéter) et éventuellement une réaction immunitaire
différente, pouvaient être considérés comme ayant
un impact négatif.
Au cours de son exposé, R. Vanholder a passé en revue les différents
facteurs.
L'infection
- Certaines études ont montré l'existence d'une plus grande
fréquence d'abcès pancréatique lors de la transplantation
combinée rein-pancréas chez les patients en DP par rapport à
ceux en hémodialyse, mais cela ne semble pas confirmé par les
études plus récentes.
- En transplantation rénale simple, la fréquence des infections
semble plus élevée chez les patients venus de la DP. Elles sont
en relation avec la présence du cathéter, puisque si le cathéter
est retiré au moment de la transplantation et s'il n'y a pas de DP
effectuée après la transplantation, la fréquence des
infections est similaire dans les deux groupes.
Reprise de la fonction rénale immédiate après transplantation
Les études de Peres Fontane et celle conduite par l'équipe de
Vanholder en 1999 confirment que la reprise de la fonction rénale est
meilleure en transplantation chez les patients venus de la DP comparés
à ceux traités préalablement par hémodialyse.
Dans l'étude Vanholder en particulier, les reprises retardées
du transplant ne sont présentes que chez 23 % des patients venus de
la DP contre 50 % de ceux venus de l'HD, avec une différence statistiquement
très significative. Le rôle favorable de l'hyperhydratation ou
de l'hydratation supérieure des patients venus de la DP est possible.
En analyse de régression, la volémie est un facteur identifié
en faveur de la DP ; néanmoins cela ne semble pas suffisant puisque
le fait de venir de la DP constitue un facteur favorable indépendant.
L'équipe de Bleyer, en 1999, confirme que le nombre d'anuries dans
les premières 24 heures et le nombre de recours nécessaires
à la dialyse post-transplantation est statistiquement inférieur
chez les patients venus de la DP par rapport à ceux venus de l'HD.
La meilleure fonction rénale immédiate du transplant est un
point crucial, car les études récentes sur la survie du transplant
à long terme montrent l'impact négatif des reprises précoces
du transplant rénal. La fréquence des thromboses vasculaires
du transplant, selon le type de dialyse préalablement pratiquée,
reste un problème controversé ; certaines études retrouvent
une fréquence plus élevée après DP, résultat
qui n'est pas confirmé par d'autres travaux.
La survie à long terme du transplant
Une revue des études publiées dans la littérature des
vingt dernières années ne semble pas montrer de différences
significatives sur l'évolution du transplant au long cours, selon que
les patients viennent de l'une ou l'autre méthode de dialyse. Toutefois,
dans ces études, le nombre de patients venus de la DP était
largement inférieur à celui venant de l'HD, et peu d'entre elles
ont permis un suivi des patients au-delà de 3 ans. Des études
plus récentes - Donnaly, UNOS Data, étude de Gand - semblent
montrer un avantage sur la survie du transplant au long cours sur un suivi
de 10 ans. Ces données sont à confirmer car il n'y a pas eu
de correction statistique, en particulier pour les comorbidités associées.
Conclusion
Les patients venus de la dialyse péritonéale ont une meilleure
reprise de fonction initiale du transplant que ceux venus de l'hémodialyse.
Les infections sont plus fréquentes dans cette population, en relation
avec le cathéter, et il semble conseillé de procéder à
l'ablation du cathéter au moment de la transplantation et de ne pas l'utiliser
pour des éventuelles dialyses secondaires. Cette reprise de fonction
rénale précoce meilleure pourrait avoir un impact positif sur
le devenir du transplant au long cours, mais ceci demande à être
confirmé par des études prospectives avec un suivi étendu.
Commentaire
Cette revue de la littérature et l'étude de Vandholder sont des
données rassurantes pour la confiance que l'on peut avoir dans la dialyse
péritonéale prescrite chez nos patients éventuellement
éligibles pour une transplantation rénale. Cela renforce la confiance
des cliniciens à proposer la dialyse péritonéale à
des patients jeunes susceptibles d'être transplantés dans des délais
courts.