L'hygiène des malades et les protocoles de soins locaux n'ont pas d'influence sur la survenue des infections du cathéter péritonéal.
Le module cathéter du registre de dialyse péritonéale de langue française a été créé en 1987. Entre 1988 et 2001, une base de données comportant 1 146 cathéters posés chez 1 090 patients (637 hommes et 453 femmes) a été établie. Les facteurs des risques d'infections ont été étudiés, ainsi que les facteurs de comorbidité, la technique de pose chirurgicale, le protocole de soins locaux et la technique d'implantation.
Données du Registre
Le cathéter posé était de type Tenkof droit dans 41 % des
cas et Swan neck dans 59 % des cas ; 89 % des cathéters ont été
posés par un chirurgien entraîné ; la technique était
conventionnelle dans 85 % des cas et par péritonéoscopie dans
6 % des cas. Une antibioprophylaxie a été utilisée dans
40 % des cas.
Le dépistage des porteurs de Staphylococcus aureus nasal a été
réalisé chez 436 patients, soit dans 38 % des cas. Le prélèvement
était négatif pour 295 d'entre eux, mais 7 % ont tout de même
été traités. Il était positif pour 141 d'entre eux
dont 88 % ont été traités.
Sur 1 146 cathéters, 279 infections ont été relevées,
soit une fréquence de 0,15 épisode par an et par patient. L'infection
a été localisée à l'émergence dans 77 % des
cas, 74 % étaient Gram positif et 15 % Gram négatif. Les infections
à staphylocoque doré sont les plus fréquentes avec 58 %
des cas ; on note tout de même 6 % d'infection à Pseudomonas æruginosa.
Après traitement médical, 65 % des infections de cathéters
ont été guéries, les infections concernant l'émergence
dans 69 % des cas ; 87 cathéters ont dû être retirés,
51 pour cause infectieuse, 6 pour péritonite récurrente et 30
pour cause mécanique.
La survie actuarielle des cathéters de la base de données du Registre
de dialyse péritonéale de langue française est de 74,9
% à 5 ans, ce qui représente un excellent résultat comparé
aux données de la littérature.
Conclusion
Les seuls facteurs de risque d'infection identifiés sont l'obésité
et les dermatoses préexistentes. Tous les autres facteurs de risque étudiés
ne semblent pas avoir d'influence sur la survenue d'infection du cathéter,
en particulier le diabète, l'utilisation d'une antibioprophylaxie, la
compétence du chirurgien, le délai entre le début de la
dialyse péritonéale et l'implantation du cathéter, la fréquence
du pansement, la nature et la fréquence des soins locaux et l'hygiène
du patient. Il semble toutefois que les infections soient moins fréquentes
chez le sujet âgé de plus de 75 ans ; cela confirme les études
publiées antérieurement qui expliquent ce fait par une moindre
mobilisation des personnes âgées et donc un moindre traumatisme
au niveau du cathéter et de son émergence.
Commentaire
Il s'agit de la plus grande série de cathéters jusqu'à
présent publiée, qui remet en cause certaines notions sur les
facteurs de risque d'infection, en particulier sur les protocoles de soins locaux
de l'émergence du cathéter. Une exhaustivité plus grande
et une participation d'un plus grand nombre de centres à ce registre
devraient permettre dans l'avenir d'éditer des recommandations issues
des expériences de chacun.
P.-Y. D.