Epidémiologie
Il est bien reconnu que les troubles lipidiques, tout comme l'hypertension artérielle,
le diabète, l'hyperhomocystéinémie et bien d'autres anomalies
constituent des facteurs de risque de décès d'origine cardiovasculaire.
Si l'on considère comme facteur de risque le LDL-cholestérol >
100 mg/dl, le HDL-cholestérol < 40 mg/dl, les triglycérides
> 180 mg/dl et la Lpa > 30 mg/l, le nombre de facteurs dyslipidémiques
est = 1 de façon identique dans une population en hémodialyse
et en dialyse péritonéale continue ambulatoire (DPCA). En revanche,
il est = 4 chez 6 % des hémodialysés et chez 14 % des patients
en DPCA.
Les principales raisons permettant d'expliquer les troubles lipidiques sont
une augmentation de la synthèse hépatique, ce d'autant plus qu'en
DPCA il y a une perte de protéine dans le dialysat effluent, une altération
de l'activité enzymatique et, à un moindre degré, une hyperparathyroïdie
peut survenir. Les troubles lipidiques constituent un facteur non prédictif
de maladies cardiovasculaires chez les patients en dialyse, même s'il
contribue à un accroissement de la fréquence des pathologies cardiovasculaires.
Thérapeutique
Sur le plan thérapeutique, si le bilan lipidique est normal, il y a lieu
de le recontrôler tous les six mois. En cas d'anomalie, et avant d'envisager
des mesures médicamenteuses, il faut proposer les règles hygiéno-diététiques
permettant une optimisation du poids ; une activité physique est par
ailleurs nécessaire. En cas d'hypercholestérolémie isolée,
ou d'hypercholestérolémie associée à une hypertriglycéridémie,
il faut préférer les statines. En cas d'hypertriglycéridémie
seule, on proposera les fibrates de type gemfibrozil. Il faut éviter
d'associer les deux en raison du risque accru d'effets secondaires.
La Lpa est élevée chez les patients en DCPA comparativement à
ceux en hémodialyse, mais il faut savoir que 70 à 90 % de la concentration
plasmatique en Lpa est génétiquement déterminé.
Toutefois, la probabilité de présenter une pathologie coronarienne
est directement proportionnelle au taux plasmatique de Lpa. Il existe de nombreuses
isoformes d'Apo A constituant de la Lpa. Les isoformes de bas poids moléculaire
semblent davantage athérogènes. On a constaté une baisse
importante du taux de Lpa chez les patients ayant reçu une transplantation
rénale, cette baisse étant plus marquée en DPA qu'en hémodialyse,
étant donné le taux initial. La baisse concerne préférentiellement
la forme d'Apo A de bas poids moléculaire, la plus athérogène.
L'apolipoprotéine A-IV semble prometteuse. Elle stimule la sortie du
cholestérol des cellules périphériques, elle a des propriétés
antioxydatives et des effets antiathérogènes chez la souris surexprimant
l'Apo A-IV. Le taux de cette dernière est diminué chez les patients
ayant une pathologie coronarienne. De même, elle diminue d'autant plus
que le débit de filtration glomérulaire baisse. Alors que le taux
est de 14,6 mg/dl dans un groupe contrôle, le taux est de 18,4 mg/dl si
la filtration glomérulaire est > 90 ml/min, de 24,7 mg/dl si elle
est comprise entre 45 et 90 ml/min, puis 30,1 mg/dl si elle devient < 45
ml/min.
Conclusion
Le risque cardiovasculaire est élevé en cas de maladie rénale,
notamment au stade de la dialyse. Le profil lipidique est plus athérogène
chez les patients en DPCA. Si les troubles lipidiques contribuent au risque
cardiovasculaire, ils ne sont pas discriminatifs. La Lpa est plus élevée
en DPCA par rapport aux patients traités en hémodialyse, mais
il existe une prédétermination génétique. L'inconvénient
est qu'il n'existe pas de médicaments abaissant réellement la
Lpa et qu'on ne peut changer le phénotype du patient
J.-P. R.