Une prescription optimale de la dialyse chez l'enfant doit être personnalisée et les outils pour personnaliser cette prescription sont disponibles.
La prescription de la dialyse péritonéale de l'enfant répond
à des règles différentes de celles de l'adulte. D'une part,
la différence d'échelle de poids est énorme entre le nouveau-né
et l'adolescent ; d'autre part, le traitement par dialyse doit procurer non
seulement une vie normale à l'enfant, mais aussi lui permettre une croissance
normale.
Les impératifs diététiques sont d'une importance capitale
en pédiatrie. Ainsi, les avantages de la dialyse péritonéale
sont évidents pour le petit enfant, mais restent discutables pour l'adolescent.
En effet, cette technique permet, pour le petit enfant, un traitement à
domicile avec une implication familiale importante ; elle préserve le
capital vasculaire en évitant la création d'une fistule, et le
volume intrapéritonéal favorise une compliance mécanique
propice à recevoir un greffon adulte. La DPA est utilisée chez
90 % des petits enfants alors que la DPCA chez seulement 10 % des enfants traités
à domicile. D'un autre côté, les impératifs sociaux
des adolescents, et notamment le besoin d'indépendance, des activités
nocturnes festives, le besoin de temps libre et le désir de ne pas se
sentir différents des autres peut orienter le choix de ces patients vers
l'hémodialyse plutôt que vers la dialyse péritonéale.
Volume de dialysat d'infusion
La prescription de volume de dialysat d'infusion doit tenir compte de la surface
péritonéale qui est deux fois plus importante chez l'enfant que
chez l'adulte avec 563 cm2 par kilo de poids corporel. Il est donc nécessaire
de prescrire le volume d'infusion en fonction d'un critère anthropométrique
(surface corporelle ou poids). Un volume d'infusion trop faible est un facteur
d'hyperméabilité péritonéale fonctionnelle, car
la saturation du dialysat en petites molécules est beaucoup plus rapide
qu'avec un volume d'infusion plus important. Par ailleurs, la prescription d'un
petit volume d'infusion avec des temps de stases courts entraîne une augmentation
du rapport clairance de l'urée/clairance de la créatinine péritonéale.
Enfin, un volume trop petit peut être synonyme de faible efficacité
de la dialyse, car la surface anatomique du péritoine fonctionnel n'est
que partiellement recrutée. Chez l'enfant, un volume intrapéritonéal
de 1400 ml/m2 de surface corporelle permet de recruter (de " mouiller ")
la totalité de la membrane péritonéale fonctionnelle. Avec
des volumes plus importants, il n'y a pas de réels bénéfices
en termes de coefficients de transfert de masse.
Cependant, un volume intrapéritonéal trop important peut être
mal toléré, provoquant des douleurs, une dyspnée, une sensation
d'inconfort et également, parfois, une mauvaise observance.
La mesure de la pression hydrostatique intrapéritonéale est couramment
utilisée chez l'enfant et présente certaines caractéristiques
par rapport à celle de l'adulte. En effet, elle dépend de l'âge
: élevée chez le nouveau-né, elle diminue après
2 ans, suivant grossièrement la courbe du Body Mass Index (BMI). La pression
intrapéritonéale dépend également du sexe et du
BMI. Ainsi, chez l'enfant, la tolérance du volume intrapéritonéal
mesuré par la pression hydrostatique correspond à un volume optimal
de 1200 ml/m2.
L'efficacité de la dialyse
Elle nécessite la connaissance des caractéristiques de la membrane
péritonéale, et notamment du temps apex. Cependant, la cinétique
des petites molécules n'est pas suffisante, il est sans doute préférable
d'utiliser le phosphore comme marqueur, le temps apex du phosphore étant
4 fois plus long que celui de l'urée. Le temps de stase doit donc être
suffisamment long pour permettre une bonne clairance du phosphore. L'efficacité
de la dialyse est, comme chez l'adulte, mesurée par la Kt/V, la clairance
de la créatinine, mais également par la clairance du phosphore
et par le coefficient de transfert de masse des différentes molécules.
Enfin, le rapport des clairances de l'urée (qui sont volume intrapéritonéal-dépendantes)
sur celles de la créatinine (qui sont membrane-dépendantes) est
un critère à prendre en compte. En effet, si l'on calcule le rapport
du Kt/V sur la clairance de la créatinine proposée par les recommandations
adultes, celui-ci est toujours 1/30, indépendamment de la technique de
dialyse péritonéale utilisée. Chez l'enfant, il semble
que la conservation d'un rapport similaire entre la clairance de l'urée
et la clairance de la créatinine soit un critère important d'adéquation
de la dose de dialyse, peut-être même plus important que le niveau
de chacun de ces critères pris séparément. Un rapport de
1/30 entre le Kt/V et la clairance de la créatinine semble compatible
chez l'enfant avec une bonne croissance.
Conclusion
Les différentes techniques de dialyse péritonéale ont fait
l'objet d'importants progrès récents et d'une meilleure connaissance
de ces règles de prescription chez l'enfant.
Une prescription optimale doit être personnalisée et les outils
pour personnaliser cette prescription sont disponibles.
Enfin, le traitement par dialyse de l'enfant s'intègre dans une prise
en charge globale, qui inclut notamment la diététique, la psychologie
et toutes les dimensions sociales, scolaires et familiales qui lui sont nécessaires.
Commentaire
En cette période confuse où la validité même des
critères d'adéquation (Kt/V, clairance de la créatinine)
est remise en cause par deux grandes études (ADEMEX, EAPOS), il serait
sans doute intéressant de considérer, comme le dit Michel Fischbach,
non pas leur valeur absolue, mais leur rapport.
P.-Y. D.