La dialyse péritonéale fait courir probablement moins de risques à nombre d'enfants que les techniques invasives par hémofiltration ou dialyse intermittente nécessitant un personnel et une surveillance accrus.
Point de départ
Jusque dans les années 90, la dialyse péritonéale était
la méthode de référence pour traiter les insuffisances
rénales aiguës chez l'enfant. Dans les années 90-95, l'hémodialyse,
et essentiellement l'hémofiltration, est devenue la méthode de
référence utilisée par toutes les équipes. Le problème
est donc de redéfinir la place de chaque technique dans la prise en charge
de ces insuffisances rénales aiguës.
Données épidémiologiques
Il y a dans la prise en charge de l'insuffisance aiguë de l'enfant des
" pro-dialyse péritonéale " et des " pro-hémofiltration
", ceci étant lié aux possibilités de chaque équipe
et à la disponibilité du personnel. Il en est de même pour
la prise en charge de l'insuffisance rénale aiguë (IRA) chez l'adulte
où l'hémofiltration et l'hémodialyse conventionnelle représentent
plus de 70 % des indications aux Etats-Unis. La raison en est, aussi bien chez
l'enfant que chez l'adulte, l'absence d'étude prospective randomisée
permettant d'apporter de données objectives. Les seules études
à notre disposition sont rétrospectives prenant en compte la mortalité
des différentes techniques, mais pour laquelle n'est pas prise en compte
la pathologie initiale des patients, l'utilisation de drogues dopaminergiques
et l'effet centre, qui sont, en fait, les facteurs les plus importants dans
l'évolution du patient.
En effet, la mortalité chez l'enfant varie de 35 à 73 %. Les facteurs
essentiels sont par ordre d'importance : l'asepsie, les suites de chirurgie
cardiaque, le retard de prise en charge, le petit âge de l'enfant et le
nombre d'organes défaillants ainsi que la prise en charge par ventilation
assistée. En fait, il semble beaucoup plus logique de porter les indications
en fonction du type d'étiologie observé initialement.
Techniques de prise en charge
Les techniques d'épuration par hémodialyse sont à préférer
s'il existe une surcharge hydroélectrolytique importante, une hyperglycémie
majeure, une acidose lactique importante, une intoxication médicamenteuse
ou autre, une chirurgie abdominale et des problèmes de ventilation. La
dialyse péritonéale peut être utilisée dans tous
les autres cas moyennant certaines adaptations. L'accès péritonéal
pouvant être fait par voie percutanée avec une pose secondaire
d'un cathéter de Tencoff. L'ultrafiltration peut être optimisée
par l'utilisation des solutions de type bicarbonate à teneur faible en
sodium, avec de nombreux échanges contenant des concentrations hypertoniques
par cycleur.
Le contrôle de l'hyperglycémie se fait par la diminution des apports
parentéraux ; le risque d'hypernatrémie, en utilisant des concentrations
en sodium de 128 mmol/l dans les bains de dialyse ; le contrôle de l'acidose,
en utilisant des bains de bicarbonate plutôt que des bains de lactate.
En cas d'instabilité cardiovasculaire ou de ventilation assistée,
l'utilisation de flux continu par l'insertion d'un double cathéter permet
de résoudre le problème. Mieux encore, une combinaison de flux
continu et de dialyse standard permet d'améliorer les clairances. Les
problèmes nutritionnels peuvent être améliorés en
utilisant des solutions contenant des acides aminés.
Le corollaire à retenir est que la solution idéale n'existe pas et qu'elle nécessite d'être fabriquée à la demande par les centres, en mélangeant des solutions existantes.
Conclusion
La dialyse péritonéale pour la prise en charge des patients en
insuffisance rénale aiguë reste une technique de choix. L'utilisation
des cycleurs simplifie les manipulations et la rend accessible à de nombreux
centres moyennant certaines adaptations. Elle fait courir probablement moins
de risques à nombre d'enfants que les techniques invasives par hémofiltration
ou dialyse intermittente nécessitant un personnel et une surveillance
accrus.
Commentaire
Deux remarques sont à faire.
- La sagesse des pédiatres doit être adaptée aux néphrologues
adultes. En effet, il ne s'agit pas d'appliquer un tout dialyse péritonéale
ou un tout hémodialyse, mais d'essayer de poser la bonne indication,
pour le bon patient, au bon moment ; probablement, un certain nombre de patients
peuvent bénéficier de la technique de la dialyse péritonéale
pour prendre en charge leur insuffisance rénale aiguë.
- La solution idéale n'existe pas, aussi bien pour la prise en charge
de l'insuffisance rénale chronique que pour l'insuffisance aiguë
et dans ce domaine, malgré les progrès effectués, il reste
encore des progrès à faire.
D. A.