La
dysautonomie neurovégétative des diabétiques est génératrice
de complications supplémentaires chez les patients urémiques en
dialyse
C. Jacobs (France)
Diabetes/Autonomousdysfunction
La neuropathie végétative joue un rôle
très important dans la génération de complications multiviscérales
chez le patient diabétique urémique.
L'auteur a passé en revue l'ensemble des complications provoquées
par la dysautonomie neurovégétative chez les diabétiques
en dialyse et les quelques traitements disponibles pour essayer d'atténuer
leurs effets collatéraux. Il rappelle que la morbidité et la mortalité
sont plus élevées chez les diabétiques en dialyse que chez
les non diabétiques, avec en particulier une mortalité 95 fois
plus élevée dans la population diabétique et une augmentation
notable des journées d'hospitalisation. La qualité de vie des
patients diabétiques en dialyse reste pauvre.
La neuropathie est due à l'urémie mais aussi au diabète
; la combinaison de ces deux causes majore la fréquence chez les patients
urémiques diabétiques. L'ensemble des complications tient compte
de l'atteinte de la fonction sympathique d'une part, de la fonction parasympathique
d'autre part, mais également du déséquilibre de la balance
entre fonction sympathique et parasympathique.
Les tableaux cliniques sont multiples
Hypotension orthostatique. Celle-ci a un impact sévère
sur la qualité de vie des patients. Elle est due à l'atteinte
du système nerveux sympathique, ce qui a pour effet de détruire
l'adaptation normale de l'organisme à l'hypotension. Elle est considérablement
favorisée chez les patients dialysés par les variations de la
volémie, consécutives à l'ultrafiltration et à
l'utilisation de médicaments visant à réguler la pression
artérielle. Selon les études, elle est présente chez
plus de 60 % des patients dialysés et diabétiques. Les possibilités
thérapeutiques sont médiocres :
- thérapeutique non pharmacologique où le clinicien doit prudemment
favoriser une légère tolérance à l'hyperhydratation
;
- interventions pharmacologiques :
-
la L-carnitine a montré des effets thérapeutiques limités
;
-
l'hypochloride de sertraline a pu montrer des effets bénéfiques
à la dose de 50 à 100 mg/j ;
-
la midodrine est probablement le médicament le plus efficace avec des
effets secondaires relativement mineurs ; la pression artérielle a
pu être améliorée sous des doses de 2,5 mg administrées
2 ou 3 fois par jour, qui peuvent être secondairement augmentées
en fonction de la réponse thérapeutique.
Les problèmes gastro-intestinaux dus aux dysfonctions neurovégétatives
:
- La gastroparésie est présente chez 50 % des diabétiques
avec une gravité qui va de léger à sévère
; dans ces cas-là, l'absence de vidange gastrique et les vomissements
sont fréquents et peuvent conduire à une malnutrition sévère.
Les techniques de scintigraphie semblent les plus performantes pour explorer
la gastroparésie, en mettant en évidence un doublement du temps
de vidange gastrique. Il s'est posé la question de savoir si la technique
de dialyse péritonéale pouvait être un facteur aggravant
de la gastroparésie. Les résultats des études sont contradictoires
puisque les résultats de l'étude Brown en 1988 semblaient le
confirmer, mais qu'une étude conduite par Eisenberg en 1995 semble
montrer le contraire.
Sur le plan thérapeutique, différentes molécules comme
le metoclopramide, le domperidone, le cisapride, bien que prometteuses, n'ont
pas confirmé leur efficacité. L'érythromycine agit comme
un agoniste de la motiline et a prouvé son efficacité avec une
administration possible par voie intraveineuse, orale et même intrapéritonéale.
- La diarrhée chronique définie par plus de 3 selles par jour
pendant une durée supérieure à 3 mois. Sa prévalence
est en moyenne de 3 à 7 % chez les diabétiques urémiques
et pourrait atteindre 20 % selon certaines études. Sur le plan thérapeutique,
la clonidine a montré son efficacité, mais n'est pas d'une utilisation
simple compte tenu de l'hypotension qu'elle génère. L'octréotide
à la dose de 50 µg par voie sous-cutanée deux fois par
jour semble avoir une certaine efficacité.
Difficulté à équilibrer le diabète. L'auteur
a rappelé que l'existence d'une dysfonction neurovégétative
perturbe la contre-régulation hormonale survenant en hypoglycémie
et rend donc l'équilibre du diabète encore plus instable.
Le dysfonctionnement vésical existe chez environ 84 % des
patients et se caractérise par un défaut de vidange de la vessie
avec maintien d'un résidu postmictionnel important, générateur
de complications infectieuses en particulier. L'exploration se fait par le
biais d'un bilan urodynamique couplé à des électromyogrammes
périnéaux.
Dysfonction érectile. Les troubles de l'érection et
l'impuissance ont un effet évidemment négatif sur la qualité
de vie des patients. La prévalence est de l'ordre de 45 % chez les
diabétiques au-delà de l'âge de 43 ans et elle passe à
60 ou même 80 % chez les diabétiques urémiques. Les troubles
de l'érection sont dépistés par l'utilisation du questionnaire
d'index de fonction érectile. Le traitement par sildenafil est efficace
chez 60 à 75 % des diabétiques. Ce n'est que si le sildenafil
est contre-indiqué ou en cas de non-réponse que l'on a recours
aux injections intracaverneuses de prostaglandines.
Complications cardiaques. L'exploration de la dysautonomie neurovégétative
cardiaque repose sur une multitude de tests visant à analyser les variations
de l'adaptation cardiaque aux différents stimuli physiologiques ou
pathologiques. La prévalence est de 88 % chez les patients diabétiques
de type I en dialyse, 77 % chez les diabétiques de type II en dialyse
et elle est présente chez 60 % des diabétiques secondairement
transplantés. Elle est responsable de deux complications majeures qui
sont l'infarctus silencieux et le syndrome de mort subite probablement favorisée
par l'hyperactivité sympathique. La question est de savoir si un traitement
de dialyse bien conduit peut avoir un impact positif sur ces complications.
Malheureusement, la réponse est négative, en particulier dans
l'étude de Laaksonen qui portait sur une population de 32 patients.
Conclusion
La neuropathie végétative joue un rôle très important
dans la génération de complications multiviscérales chez
le diabétique urémique. Elle nécessite d'être dépistée
par une batterie d'explorations sophistiquées. Son diagnostic apporte
un éclairage sombre sur le devenir de ces patients puisque l'arsenal
thérapeutique est très limité et que chez ces urémiques,
le traitement par dialyse même bien conduit n'apporte aucun bénéfice.
Seul un contrôle glycémique optimal peut permettre dans une certaine
mesure de la prévenir.
Commentaire
C. Jacobs a dressé un tableau exhaustif et bien sombre de l'impact de
cette pathologie sur la population de diabétique en dialyse, sachant
que, selon nos séries, 10 à 20 % des dialysés sont diabétiques.
Le tableau est d'autant plus inquiétant que, sachant le retentissement
sur la vie de ces patients, aucune perspective favorable n'a été
apportée.