Des biopsies péritonéales réalisées chez des patients traités au long cours en dialyse péritonéale et présentant une perte d'ultrafiltration ont montré une fibrose sous-mésothéliale associée à une formation vasculaire ou néoangiogenèse.
L'équipe de Keidit d'Amsterdam a bien montré une augmentation
de la densité des vaisseaux parallèlement à la durée
en dialyse péritonéale, surtout en cas de péritonite sclérosante.
Par ailleurs, il a été mis en évidence une augmentation
de la surface endothéliale à l'origine d'une absorption plus rapide
du glucose contenu dans le dialysat entraînant de ce fait une baisse du
gradient osmotique et une perte de l'ultrafiltration.
Sur le plan expérimental, il a été montré que de
nombreux facteurs de croissance intervenaient, notamment le VEGF (Vascular
Endothelial Growth Factor), dont il existe plusieurs isoformes. Leur expression
est favorisée par l'hypoxie, de nombreuses cytokines pro-inflammatoires,
des oncogènes et d'autres facteurs de croissance comme le TGF ß.
Le taux de VEGF dans l'effluent péritonéal est d'autant plus important
que l'absorption du glucose est élevée et que l'ultrafiltration
obtenue sur une période de 4 heures est basse. Le VEGF est, par ailleurs,
promoteur de l'eNO-synthase à l'origine de la production de NO favorisant,
tout comme le VEGF, la néoangiogenèse et une augmentation de la
perméabilité péritonéale.
Cependant, le phénomène n'est pas aussi simple, car le NO exerce
également un rétrocontrôle négatif sur la production
de VEGF. Les biopsies péritonéales ont montré que l'activité
eNO-synthase au sein du péritoine était d'autant plus élevée
que le traitement par dialyse péritonéale était long. De
plus, le VEGF stimule la production de FGF2 (Fibroblast Growth Factor 2)
montrant ainsi que la néoangiogenèse et la fibrose vont de pair.
Conclusion
Les produits de dégradation du glucose sont à l'origine de produits
de glycosylation (AGE). Parmi eux, la pentosidine a été localisée
dans le mésothélium au niveau de l'endothélium aux mêmes
endroits que la mise en évidence du VEGF. Il semblerait donc que les
produits de glycosylation soient capables de stimuler la production de VEGF.
Il est donc montré que la présence de produits de dégradation
du glucose est responsable, du moins en partie, de la bio-incompatibiité
des solutions de dialyse péritonéale, aboutissant à la
fibrose et à la néoangiogenèse responsable d'une hyperperméabilité
et d'une perte de l'ultrafiltration.
Commentaire
En pratique, il est désormais possible d'utiliser les solutions de dialyse
péritonéale dont la teneur en produits de dégradation du
glucose est faible. À l'avenir, il faudra s'orienter vers des solutions
dépourvues de glucose et peut-être que les interventions thérapeutiques
seront envisageables avec, par exemple, des inhibiteurs de la NO-synthase.
J.-P. R.